Dans la vie d’une startup, certains moments sont plus risqués que d’autres. Le passage de l’incubateur au fonds d’investissement en fait partie. Une équipe a été accompagnée pendant des mois : son dossier s’est étoffé, ses jalons ont été franchis, ses mentors ont laissé des dizaines de notes utiles. Puis vient le moment de lever des fonds. Et là, presque tout repart de zéro.
Le fonds redemande le business plan. Il refait sa propre analyse de marché. Il pose des questions auxquelles l’incubateur avait déjà répondu six mois plus tôt. La connaissance accumulée reste enfermée dans la structure précédente. Le porteur, lui, ressaisit, renvoie, réexplique.
Ce passage de relais raté a un coût : du temps perdu, de l’information dégradée, et parfois des deals qui s’essoufflent au pire moment.
Pourquoi le relais se passe mal
Le problème n’est pas humain. Les équipes d’incubateurs et de fonds se parlent, se connaissent souvent, partagent volontiers leurs impressions. Le problème est outillé : il n’existe aucun espace commun où un projet puisse vivre à la fois pour l’incubateur et pour le fonds.
Chaque structure travaille dans son propre système — un tableur, un CRM, un outil de gestion interne. Ces systèmes ne communiquent pas. Quand un projet « passe » de l’un à l’autre, il faut donc le recréer entièrement de l’autre côté.
L’information se perd. Les comptes rendus de mentorat, l’historique des décisions, les versions successives du pitch : tout cela reste dans l’incubateur. Le fonds reconstruit une vision partielle, à partir de ce que le porteur veut bien lui réexpédier.
Le porteur fait le travail de liaison. C’est lui qui devient le point de transfert. Il renvoie les documents, refait les présentations, retransmet les chiffres. Une charge administrative qui tombe précisément au moment où il devrait se concentrer sur sa levée.
Le temps joue contre le deal. Plus le transfert est long, plus l’élan retombe. Un projet chaud à la sortie de l’incubateur peut devenir tiède le temps que le fonds reconstitue son dossier.
Le co-suivi : un même projet, deux structures
L’alternative ne consiste pas à fusionner l’incubateur et le fonds, ni à leur imposer le même processus. Elle consiste à leur permettre de travailler sur le même projet, chacun à sa façon.
C’est exactement ce que permet le partage de projets entre structures. Le projet existe une seule fois. L’incubateur le suit dans son pipeline, avec ses étapes d’accompagnement. Le fonds l’ajoute au sien, avec ses étapes de due diligence. Le porteur, lui, ne gère qu’un seul dossier.
Le projet ne se recrée pas, il se partage
Quand l’incubateur estime qu’une startup est prête à lever, il n’exporte rien. Il partage le projet avec le fonds partenaire. En un geste, le fonds accède au dossier — dans la limite de ce qui a été consenti.
Le fonds ne repart pas d’une page blanche. Il découvre une équipe déjà documentée, un historique d’accompagnement, des jalons datés. Il gagne des semaines d’instruction.
Chaque structure garde ses méthodes
Le partage n’impose rien. L’incubateur conserve ses étapes (« Sélection », « Accompagnement », « Demo day »). Le fonds garde les siennes (« Sourcing », « Due diligence », « Comité », « Closing »). Le même projet avance simultanément dans les deux pipelines, à deux rythmes différents, sans que l’un dérange l’autre.
Mieux : chaque structure configure sa propre vue du dossier. L’incubateur affiche les onglets qui comptent pour lui ; le fonds active les champs obligatoires de sa due diligence. Le formulaire s’adapte à chaque structure, pas l’inverse.
Le partage reste maîtrisé
Passer le relais ne veut pas dire tout ouvrir. Le partage est granulaire et consenti : on choisit ce que l’on partage — les étapes, les documents, les évaluations, les messages — et on le révèle au cas par cas.
L’incubateur peut partager le dossier de présentation et les jalons franchis, mais garder pour lui les notes internes de ses mentors. Le porteur, de son côté, garde la maîtrise de ce qui circule sur son projet. Chaque accès est tracé.
Ce que le co-suivi change concrètement
Reprenons le moment du passage de relais, version partagée.
L’incubateur a accompagné une startup pendant huit mois. À la sortie du programme, il la partage avec deux fonds early-stage de son réseau. Les deux fonds reçoivent immédiatement l’accès au dossier consolidé : équipe, marché, traction, documents, historique. Chacun l’ajoute à son pipeline et démarre sa propre instruction.
Le porteur n’a rien renvoyé. Il continue de mettre à jour son dossier — un seul — et les trois structures voient la dernière version. Quand il ajoute un nouveau document financier, il apparaît partout. Quand un fonds pose une question, elle est tracée sur le projet, pas perdue dans un fil d’emails.
Résultat : le relais ne casse plus l’élan, il le prolonge. Le fonds capitalise sur le travail de l’incubateur au lieu de le refaire. Et le porteur reste concentré sur sa levée.
Au-delà de l’incubateur et du fonds
Le passage de relais incubateur → fonds est l’exemple le plus parlant, mais le co-suivi vaut pour toute la chaîne de l’investissement. Deux fonds qui co-investissent sur un même tour. Un club d’investisseurs qui réfère un projet à un fonds. Un réseau de Business Angels qui poursuit l’accompagnement après une première mise. Partout où plusieurs structures touchent le même projet, le co-suivi remplace la ressaisie par le partage.
C’est cette continuité que l’écosystème d’investissement attendait : non pas un outil de plus pour gérer son coin, mais une couche commune où les projets circulent sans se perdre.
Conclusion
Le passage d’une startup d’une structure à une autre ne devrait pas être une rupture. Avec le bon outillage, il devient une continuité : le projet reste le même, l’information suit, et chaque structure ajoute sa valeur sans défaire celle des autres.
C’est précisément ce pour quoi DealFlux a été conçu : permettre à des structures différentes de partager un même projet, chacune au plus près de ses habitudes.
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